Université Grenoble Alpes

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Enquête Autrans 

Grâce au soutien du LABEX ITEM, la promo (M2 2015-2016) s'est déplacée trois jours à Autrans au mois de décembre pour une enquête de terrain. L'objectif principal était d'analyser le rôle des bénévoles dans l'économie touristique de ce territoire et les enjeux d'avenir pour cette commune de moyenne montagne.

 

Pour réaliser leur enquête, les étudiants ont rencontré les différents acteurs du territoire : habitants, bénévoles, socioprofessionnels et élus. Pour recuillir leurs témoignages et opinions, ils ont réalisé des entretiens individuels (formels et informels) et organisé un apéro-débat. La soirée a été animée par les étudiants du master et les deux professeurs en charge, Rozenn Martinoia et Bernard Jean

 

METHODOLOGIE

 

L’objectif de cet atelier de terrain était de comprendre les modalités et les enjeux du développement territorial touristique d’Autrans. Nous avons pour cela exploré les liens entre les acteurs du système territorial, en choisissant de mettre plus particulièrement l’accent sur le rôle des bénévoles qui soutiennent l’offre récréative de cette station de moyenne montagne. Pour parvenir à cette compréhension, nous avons réalisé une enquête qualitative, en utilisant une méthodologie plurielle.

 

Phases de travail

 

Cette étude s’est déroulée en quatre temps. (1) Nous avons d’abord réalisé une recherche documentaire afin de dresser un panorama de l’offre récréative d’Autrans, au regard de sa nature (culturelle, sportive) et de sa temporalité. Ces éléments nous ont permis de dégager des pistes d’investigations. (2) Pour les traiter, nous avons construit une méthodologie d’enquête qualitative à trois axes (entretiens semi-directifs, entretiens informels, focus-group). (3) Puis, nous avons réalisé l’enquête durant 3 jours consécutifs. (4) Enfin, nous avons rassemblé les différents matériaux ainsi récoltés et constitué des groupes de travail afin de les analyser suivant deux axes principaux.

 

Méthodologie de l’enquête de terrain

 

Durant les trois jours d’enquête, nous avons réalisé des réunions de synthèse deux fois par jours. Le but de ces échanges était de permettre d’avancer collectivement, en partageant les informations recueillies par chacun et en échangeant et sur nos ressentis, mais aussi de recadrer régulièrement notre méthodologie au terrain rencontré. Trois types d’entretien ont été menés. Nous avons la plupart du temps travaillé en binômes pour recueillir la parole des acteurs du territoire.

  1. Entretiens formels. Munis d’une grille d’entretien, nous avons interrogé, dans des entretiens semi-directifs, des acteurs politiques, des socio­professionnels, des dirigeants d’associations et des bénévoles présents sur les événements du territoire, que nous avions informés de notre démarche quelques temps auparavant et qui avaient acceptés de nous accorder un rendez-vous.

  2. Entretiens informels. Nous nous sommes rendus sur des lieux jugés stratégiques (sortie d’école, office de tourisme, commerces) et avons également effectué du porte à porte en sectorisant le village pour aller spontanément à la rencontre d’autres acteurs territoriaux. Pour engager la discussion, nous les informions de la tenue d’un « apéro-débat ».

  3. Débat. Pour compléter le recueil de paroles privées et individuelles, nous avons décidé d’organiser un débat public. Nous avions préalablement réalisé des affiches et des flyers pour promouvoir l’événement auprès des habitants du village. Le débat a pris pour point focal les bénévoles des nombreux évènements et activités récréatives proposée sur le territoire. Il s’agissait pour nous de comprendre le rôle joué par ceux-ci dans l’offre touristique et plus largement dans le lien social sur le territoire. Puis, nous avons invité le public à discuter de l’avenir du territoire touristique et de la cohérence de son offre, au regard des évolutions économiques, écologiques ou politiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retours sur une méthodologie qualitative

D’un point de vue méthodologique, cette enquête de terrain nous a permis de nous rendre compte en pratique de l’importance d’éléments que l’on nous avait signalé en théorie, au sujet des conditions et de la portée d’une telle enquête.

 

Rôle, lieu et environnement social

 

Pour attirer plus facilement les habitants, nous avions décidé d’effectuer un apéritif à la suite du débat. Ce fut dont un moment très convivial et, à notre surprise, très productif pour l’enquête. En effet, en changeant de contexte, certains thèmes ont été de nouveaux débattus en petits groupes par des personnes qui avaient été les moins loquaces durant la réunion publique et des éléments nouveaux ont surgit. Cela nous a permis de prendre conscience combien les propos des différents participants, que ce soit au cours du débat ou lors d’autres formes d’échanges, sont influencés par l’environnement physique et social dans lequel ils se trouvent au moment des échanges. Nous avions déjà noté que durant les entretiens formels, le fait que ceux-ci se déroulent dans un lieu public, un environnement professionnel, en présence d’autres personnes ou non, influait sur le propos.

 

L’influence d’une enquête sur l’objet étudié

 

Un autre élément marquant de l’enquête de terrain a été pour nous le fait que, à sa modeste échelle, elle a influé sur la dynamique territoriale. En effet, les habitants interrogés nous ont remercié de leur avoir procuré de la considération et des espaces de parole. Ils leurs ont permis d’une part de se réapproprier individuellement une représentation du territoire et de sa dynamique, et, d’autre part, d’échanger collectivement sur celles-ci. Nous l’avons particulièrement ressenti lors du débat. Notre position de médiateurs externes neutres, en tant qu’étudiant d’un Master, a semble-t-il favorisé les conditions d’un débat que ses participants ont jugés souhaitable de réitérer pour construire collectivement un projet de territoire partagé.

 

Camille, Lucas, Maéva et Steven

QUEL PROJET DE TERRITOIRE ?

 

Nous avons pu constater qu’à Autrans, le système territorial – un ensemble d’éléments en interactions dynamiques, ouvert sur son environnement, par conséquent toujours en mouvement – avait été historiquement fortement structuré par ses activités touristiques et que cette représentation du territoire était partagée par les acteurs que nous avons interrogés.

 

Il est apparu de manière répétée au fil de nos entretiens que l’organisation d’événements culturels et sportifs participait au développement territorial d’Autrans. Sur le plan social, ces évènements, mobilisant beaucoup de bénévoles, contribuent à la création, à l’entretien et au renforcement des liens entre les différents acteurs du territoire. Sur le plan économique, ils (les évènements et les bénévoles) sont un support indispensable de l’offre touristique et par conséquent de la dynamique économique locale. Cependant, aux yeux de certaines personnes interrogées, il manque au territoire des espaces de communication et de coordination de l’offre touristique et, plus largement, de co-construction d’un projet territorial.

 

Le territoire Autranais est historiquement marqué par une offre touristique hivernale. Cet espace vécu et perçu comme tel par ses acteurs endogènes est en mutation. Il est en effet désormais impacté par des transformations socio-économiques (non renouvellement de la population des skieurs) et climatiques (manque de neige) auxquelles il doit s’adapter. L’évolution vers d’autres activités récréatives et culturelles, cohérentes avec les ressources naturelles et construites du territoire semble nécessaire, pour autant que ce marquage touristique souhaité par les élus soit partagé par les habitants. Car la question même d’une économie et d’un territoire fortement touristiques suscite des opinions différentes. L’apéro-débat que nous avons organisé nous a semblé à cet égard être un outil utile de concertation collective et d’impulsion d’un projet de territoire partagé par ses acteurs (administrés, socio-professionnels, puissance publique).

 

L’idée d’une stratégie économique coordonnée à l’échelle du massif du Vercors – chaque territoire se spécialisant pour proposer une offre complémentaire adossée à une image commune – a été plusieurs fois évoquée comme une orientation à prendre. Des processus de mutualisation sont déjà localement amorcés, comme en témoigne la fusion Autrans-Méaudre ou encore Villard de Lans et Corençon pour les domaines skiables. Mais les acteurs territoriaux semblent s’accorder sur le fait qu’il faut désormais envisager plus largement un tourisme 4 saisons, lissé sur l’année et permettant de réduire la dépendance aux sports d’hiver. La C.C.M.V (communauté de Communes des Montagnes du Vercors) est dépositaire de la compétence tourisme pour l’ensemble des communes qui en relèvent, et qui la lui ont transférée. Parmi ses actions, et afin de dynamiser le territoire, les activités portées par les acteurs concernés ont été fédérés sous une identité et une marque communes dénommée.  « Vercors ». Cet outil de communication à but touristique ne peut pourtant pas faire l’économie d’une communication intra massif spécifique à destination des populations locales. Ceci, afin que le plus large assentiment puisse s’établir au bénéfice du territoire et de ses acteurs. Directement concernés à plus d’un titre, les socio-professionnels en sont les premiers ambassadeurs.

 

Eva, Ianys, Marine, Jeremy, Thibault

 

LES ACTIVITES RECREATIVES ET L'EVENEMENTIEL : leur rôle sur le lien social et l’économie territoriale

 

Des travaux menés préalablement pour préparer le déplacement en situation sur le territoire ont permis de relever de manière exhaustive les événements culturels et sportifs organisés et accueillis sur le territoire de la commune d’Autrans. Ces évènements, dont certains (tels que le Festival international du film d’aventure au mois de décembre ou encore la Foulée Blanche en janvier) dépassent le plan national, sont des manifestations « phares » qui contribuent à la notoriété et à la dynamique du territoire. L’offre en matière d’activités récréatives est particulièrement fournie en milieu enneigé durant la période hivernale. Cependant, par sa situation, son relief, son climat et son histoire, une localité située en moyenne montagne comme Autrans fait face à des menaces de plusieurs types, dont certaines impactent déjà le territoire de manière significative.

 

En premier lieu, on trouve les évolutions climatiques et la tendance au réchauffement qui réduisent l’enneigement tant en durée qu’en quantité. Ceci touche directement l’économie liée à la neige, et par conséquent les évènements organisés durant cette période. Les évolutions propres à notre société en termes de comportement d’achat pour les activités touristiques ou l’incidence du processus de métropolisation du bassin grenoblois qui conduit des populations à fortement marquées par des « cultures citadines » à s’installer dans la commune ont également des conséquences. Elles reconfigurent socialement et culturellement un territoire rural fortement marqué par son histoire. Pour ces populations nouvellement établies sur le territoire, l’engagement bénévole dans des activités récréatives et plus largement les évènements est un vecteur de lien social et d’intégration.

 

A de nombreuses reprises, a été évoquée l’importance que représentent les bénévoles pour le territoire d’Autrans. Les organisateurs font appel à des bénévoles pour contribuer à la réussite des manifestations, notamment le jour J, mais pour une partie d’entre eux c’est tout au long de l’année que se remarque leur investissement. Même si une partie d’entre eux s’y engagent pour des motivations personnelles (intérêt, connaissances), les rassemblements de ce type favorisent les échanges et les rencontres entre les générations. Pour les nouveaux bénévoles, ceci représente une réelle opportunité pour s’intégrer à la vie sociale du territoire. Les plus anciens, qu’ils soient actifs ou retraités, y trouvent un moyen de s’investir activement dans la vie autranaise. Ce bénévolat peut favoriser de meilleures relations entre les générations au sein du territoire.

 

Différents acteurs ont souligné importance du bénévolat à leurs yeux, et nous avons pu relever que la perception pouvait être différente selon les références générationnelles. Au yeux des anciens, la nouvelle génération semble de moins en moins présente dans la vie du bénévolat. Celle-ci reconnait qu’il est difficile de s’engager à long terme du fait de l’évolution de la société et des contraintes familiales et professionnelles (familles monoparentales par exemple). Par conséquent, il y a beaucoup de jeunes bénévoles pour un événement ou une manifestation mais la proportion se réduit dès qu’il s’agit de s’investir sur le long terme dans l’association ou la structure.

Pour A. Moine (2006), « les territoires montrent que, localement, il existe des systèmes d’acteurs dont les interrelations étroites permettent aux systèmes territoriaux existants de conserver une relative stabilité ». A Autrans, les événements, qu’ils soient sportifs, de loisirs ou culturels, représentent un point essentiel et structurant du lien social. Les acteurs rencontrés ont insisté sur le fait que la solidarité était très forte. Les habitants n'hésitant pas à s'entraider les uns et les autres, ce qui représente une véritable force pour la commune. Plus largement, la coopération des acteurs est nécessaire pour favoriser le dynamisme de la vie économique du territoire.

 

L’avenir économique du territoire est un sujet de préoccupation pour les Autranais. Les changements climatiques et le faible enneigement constaté ces dernières années ont été particulièrement pénalisants pour la gestion des domaines skiables. Les investissements liés aux activités récréatives de neige renforcent la dépendance de l’économie locale à la saison hivernale et nous semblent accroître sa vulnérabilité. Il est de ce point de vue apparu primordial pour de nombreuses personnes interrogées de trouver des solutions pour proposer aux touristes une offre de substitution et développer des activités sur 4 saisons. De nouvelles cibles comme le tourisme d’affaires avec les séminaires d’entreprise ont été suggérées. Néanmoins, le fait qu’il n’y ait pas un accès internet répondant aux usages actuels constitue un frein souligné massivement.

 

Cette prise de conscience pourrait-elle être plus collective pour devenir efficace ? Il apparaît important pour le territoire autranais de mûrir et de développer un projet commun sur le long terme. Selon Y. Gorgeu et F. Poulle (1997), « le sentiment d’appartenance n’est pas un héritage du passé mais l’adhésion à un projet ». Notre enquête a de ce point de vue soulevé des questions relevant de la démocratie locale.

 

Alexandre, Alicia, Celia, Rémi, Titouan